Aller au contenu principal

||

PFAS : une interdiction historique en France depuis le 1er janvier 2026

Photo d'une main tenant un spray diffusé sur une chaussure, accompagnée du conseil "Je renonce aux sprays imperméabilisants pour chaussures ou vpêtements, sauf mention "sans PFAS" ".

Publié le : 22 janvier 2026

Utilisés depuis des décennies dans de nombreux produits du quotidien, les PFAS (prononcer « pifasse ») sont aujourd’hui partout : dans l’environnement, dans l’eau, dans les aliments… et dans notre organisme. Leur extrême persistance et leurs effets sur la santé en font un enjeu majeur de santé publique.

Depuis le 1er janvier 2026, la France est devenue le premier pays européen à interdire ces « polluants éternels » dans plusieurs produits de consommation courante, dont les vêtements, les chaussures, les cosmétiques et les « farts » pour skis.

Que sont les « PFAS » ?

Les PFAS sont des substances per- et polyfluoroalkylées, une vaste famille de plus de 4 000 composés chimiques. Leur point commun est une liaison carbone-fluor extrêmement stable, qui les rend quasi indestructibles dans l’environnement.

Cette stabilité explique leurs propriétés très recherchées : résistance à la chaleur, imperméabilité à l’eau et aux graisses, effets antiadhésifs, antitaches ou déperlants. C’est pourquoi ils ont été largement utilisés depuis les années 1950 dans de nombreux produits : ustensiles de cuisine antiadhésifs, emballages alimentaires, vêtements imperméables, textiles antitaches, cosmétiques longue tenue, mousses anti-incendie, produits de nettoyage, pesticides ou encore équipements industriels…

Mais cette même stabilité pose un problème majeur : les PFAS ne se dégradent pratiquement pas, s’accumulent dans les milieux naturels et se dispersent à grande distance. On les retrouve dans les sols, les rivières, les nappes phréatiques, l’eau de pluie, les aliments… jusqu’aux régions les plus reculées de la planète.

Une exposition généralisée et des risques pour la santé

Toute la population est aujourd’hui exposée aux PFAS, principalement par l’alimentation (eau potable, poissons, fruits de mer, œufs, viande), mais aussi via l’air intérieur et les poussières.

De nombreuses études associent certains PFAS à des effets sanitaires préoccupants, même à faibles doses et sur le long terme : troubles hormonaux, augmentation du cholestérol, atteintes du foie, baisse de la réponse immunitaire, troubles du développement chez l’enfant à naître et certains cancers.

En 2023, le Centre international de recherche sur la cancer (CIRC) a classé le PFOA* comme cancérogène certain et le PFOS* comme cancérogène probable pour l’être humain.

*(PFOA désigne l’acide perfluorooctanoïque et PFOS le sulfonate de perfluorooctane)

Un encadrement progressif au niveau international et européen

Au niveau mondial, la Convention de Stockholm encadre depuis 2009 plusieurs PFAS, avec des restrictions ou des interdictions ciblées, notamment pour le PFOS et le PFOA.

En Europe, les PFAS sont identifiés comme substances prioritaires dans la stratégie de l’Union européenne pour des produits chimiques durables. Une restriction globale, portée par cinq États membres, est actuellement à l’étude dans le cadre du règlement REACH*. Elle vise à interdire progressivement la fabrication et la mise sur le marché de substances et d’articles contenant des PFAS, avec certaines dérogations temporaires.

Par ailleurs, plusieurs PFAS sont désormais surveillés dans l’eau potable et les aliments, avec des valeurs limites fixées au niveau européen.

*(Le règlement REACH est une loi européenne qui encadre la fabrication, l’importation et l’utilisation des substances chimiques dans l’Union européenne, afin de protéger la santé humaine et l’environnement. Il permet notamment de restreindre ou d’interdire les substances présentant des risques inacceptables.)

Une loi française inédite

La loi du 27 février 2025, entrée en application le 1er janvier 2026, marque un tournant. Elle interdit la fabrication, l’importation, l’exportation et la mise sur le marché de produits contenant des PFAS dans :

  • Les cosmétiques
  • Les farts pour skis
  • Les vêtements et chaussures, hors équipements de protection et usages spécifiques

Des dérogations encadrées sont prévues, notamment pour la défense nationale, la sécurité civile, certains usages industriels ou médicaux lorsqu’aucune alternative n’existe. Les produits fabriqués avant le 1er janvier 2026 peuvent encore être commercialisés pendant une durée maximale de douze mois. Les ustensiles de cuisine, comme les poêles ou casseroles anti‑adhésives, ne sont pas concernés par cette interdiction et restent autorisés à la vente. 

La loi introduit également :

  • Une redevance “pollueur-payeur” sur les rejets de PFAS dans l’eau
  • Un renforcement du contrôle des PFAS dans l’eau potable
  • Une trajectoire nationale de réduction des rejets industriels
  • Une meilleure transparence sur les résultats des analyses d’eau

Une interdiction étendue en 2030

L'Union européenne compte mettre sur la table en 2026 une proposition d'interdiction des PFAS dans les produits de consommation courante (boîtes à pizzas, vêtements), assortie d'exceptions pour des secteurs jugés indispensables. Sa présentation avait un temps été évoquée pour fin 2025 mais les négociations sont difficiles avec les industriels.

Ces substances chimiques, prisées notamment pour les imperméables ou chaussures de randonnée car résistantes aux fortes chaleurs, déperlantes, antitaches et antiadhésives, sont extrêmement persistantes dans l'environnement et le corps humain. En France, leur interdiction sera étendue en 2030 à l'ensemble des textiles (ameublement, automobile, etc.). En attendant, le décret du ministère de la Transition écologique publié mardi 30 décembre « définit la concentration résiduelle en substances PFAS au-delà de laquelle les interdictions s'appliquent » et liste les exemptions prévues.

Les bons gestes

Même si les PFAS sont présents partout, certains gestes peuvent limiter l’exposition :

Alimentation et eau

  • Je varie mon alimentation et je limite la consommation de poissons et fruits de mer provenant de zones ou filières susceptibles d'être polluées, en me référant aux recommandations officielles et aux produits contrôlés.
  • Je limite les emballages alimentaires gras ou résistants à l’eau (boîtes à pizza, sacs de frites, gobelets jetables) et privilégie le papier cuisson simple ou le silicone.
  • Je filtre mon eau du robinet avec un filtre adapté (charbon actif ou osmose inverse) lorsque c’est possible.

Cuisine et ustensiles

  • Je remplace mes poêles ou casseroles antiadhésives abîmées par de l’inox, de la fonte ou des plats en silicone alimentaire certifié, qui ne contiennent pas de PFAS.

Textiles et vêtements

  • Je choisis des vêtements et textiles sans traitement déperlant ou antitache, surtout neufs, et je privilégie la seconde main.
  • Je renonce aux sprays imperméabilisants pour chaussures ou vêtements, sauf mention « sans PFAS ».
  • Je privilégie des meubles, tapis, rideaux ou matelas non traités antitaches ou déperlants.

Cosmétiques

  • Je limite les cosmétiques waterproof ou longue tenue et je privilégie des produits simples et labellisés (Cosmos, Ecocert).

Habitudes domestiques

  • Je nettoie régulièrement mon intérieur : aspirateur avec filtre HEPA et dépoussiérage humide pour limiter les PFAS déposés dans la poussière.
  • Je réduis les produits jetables ou recyclés susceptibles de contenir des PFAS et favorise le réemploi.

Environnement

  • Je reste vigilant si j’habite près d’un site industriel, d’une usine d’incinération ou d’un aéroport et je consulte les résultats officiels de la qualité de l’eau potable.

Ces gestes permettent de réduire l’exposition au quotidien, mais ne peuvent pas l’éliminer totalement. La voie principale reste alimentaire, suivie par l’eau et la poussière.

En savoir plus

Sources