Dès que les températures dépassent 7 °C, les tiques reprennent leur activité. Invisibles, elles guettent le passage d’animaux ou de promeneurs pour s’accrocher et se nourrir de sang, transmettant parfois des maladies comme la borréliose de Lyme. Avec le réchauffement climatique et des hivers plus doux, elles restent actives plus longtemps et étendent leur territoire, augmentant le risque pour humains et animaux. Comment le climat transforme le comportement et la répartition de ces parasites ? Et surtout, comment se protéger ? Suivez le guide…
Les tiques, de minuscules parasites
Les tiques appartiennent à l’ordre des Ixodida, dans la famille des acariens. Avec une taille variant de quelques millimètres à environ un centimètre lorsqu’elles sont gorgées de sang, elles figurent parmi les plus grands acariens connus. On recense près de 900 espèces dans le monde, dont une quarantaine en France. Les genres les plus fréquents sur le territoire sont Ixodes, Dermacentor et Rhipicephalus.
La tique est un ectoparasite hématophage : elle se nourrit exclusivement du sang de vertébrés (mammifères, oiseaux, reptiles). L’être humain est un hôte accidentel, au même titre que les animaux domestiques ou sauvages.
Contrairement à une idée reçue, la tique ne se laisse pas tomber des arbres. Elle vit à proximité du sol. Pour atteindre un hôte, elle grimpe sur des herbes hautes, des fougères ou des buissons et attend, immobile, qu’un animal ou une personne la frôle : c’est la phase dite de « quête ».
Elle s’accroche ensuite à la peau grâce à un rostre — une pièce buccale rigide — et s’ancre fermement. On parle ainsi de morsure plutôt que de piqûre. Elle privilégie les zones chaudes et humides du corps : plis des genoux, aine, aisselles, cuir chevelu…
Présentes partout en France, surtout en dessous de 1 500 mètres d’altitude, les tiques colonisent les forêts, les prairies, les haies, les parcs et même les jardins. Les données du programme CiTIQUE montrent d’ailleurs que le jardin constitue le deuxième lieu d’exposition après la forêt.
Les tiques sont actives toute l’année, mais leur activité augmente au printemps et à l’automne, lorsque les conditions sont douces et humides — des paramètres directement influencés par le climat.
Des vecteurs majeurs de maladies
Les tiques sont aujourd’hui, en Europe, les principaux vecteurs d’agents infectieux transmis à l’être humain et aux animaux. Lors de leur repas sanguin, elles peuvent transmettre des bactéries, des virus ou des parasites.
Leur salive joue un rôle clé : elle contient des molécules anesthésiantes (rendant la morsure indolore), anticoagulantes et immunomodulatrices qui facilitent l’ancrage et le repas sanguin. Cette discrétion biologique explique que la morsure passe souvent inaperçue.
En France, la principale maladie humaine transmise par les tiques est la maladie de Lyme, ou borréliose de Lyme, causée par la bactérie Borrelia burgdorferi et transmise principalement par l’espèce Ixodes ricinus.
D’autres maladies existent :
- Chez l’humain
- Bactériennes : borréliose de Lyme, rickettsioses, tularémie, bartonellose…
- Virales : encéphalite à tiques (présente surtout en Europe centrale et orientale), fièvre hémorragique de Crimée-Congo (rare en Europe occidentale mais surveillée).
- Plus rarement : réactions allergiques pouvant aller jusqu’au choc anaphylactique.
- Chez l’animal
- Piroplasmose (babésiose) : maladie grave du chien et des bovins, détruisant les globules rouges.
- Ehrlichiose : plus fréquente dans le sud de la France.
- Anaplasmose et autres infections parasitaires.
Toutes les tiques ne sont pas infectées, et une morsure ne conduit pas systématiquement à une maladie. Toutefois, le risque augmente avec la durée d’attachement.
Focus sur la maladie de Lyme
La maladie de Lyme est une infection due à la bactérie Borrelia burgdorferi, transmise par la morsure d’une tique infectée, principalement Ixodes ricinus en France. Le signe le plus fréquent est un érythème migrant : une plaque rouge qui s’étend autour de la morsure, parfois accompagnée de fièvre et de fatigue. Diagnostiquée tôt, la maladie se traite efficacement par antibiotiques. Sans prise en charge rapide, elle peut évoluer vers des atteintes articulaires, neurologiques ou cardiaques. Les symptômes peuvent apparaître plusieurs semaines, voire plusieurs mois après la morsure. Selon Santé publique France, environ 25 000 à 30 000 cas sont recensés chaque année en France, avec des incidences plus élevées dans les régions de l’Est (notamment en Alsace et en Lorraine) ainsi que dans certaines zones boisées du Centre et du Massif jurassien.
Les impacts du changement climatique
Les tiques sont très sensibles aux conditions météorologiques. La hausse des températures et l’adoucissement des hivers favorisent leur survie, accélèrent leur cycle de développement et prolongent leur période d’activité. Là où elles étaient surtout actives de mars à novembre, des hivers plus doux permettent désormais des morsures quasiment toute l’année dans certaines régions.
Le réchauffement facilite aussi leur extension géographique : progression vers le nord de l’Europe, colonisation de zones d’altitude jusque-là peu concernées, et installation potentielle de nouvelles espèces. Par exemple, Hyalomma marginatum, déjà présente en Corse, fait l’objet d’une surveillance en France continentale. Cette espèce peut transmettre la fièvre hémorragique de Crimée-Congo.
Ces évolutions modifient la répartition et la saisonnalité des maladies transmises par les tiques. Dans son sixième rapport (2022), le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat souligne que l’augmentation du risque de maladies vectorielles, dont la maladie de Lyme en Europe et en Amérique du Nord, fait partie des impacts sanitaires attendus en cas de réchauffement marqué.
En France, Santé publique France observe une hausse des signalements de piqûres ces dernières années. Cette tendance s’explique à la fois par des conditions climatiques plus favorables aux tiques et par une fréquentation accrue des espaces naturels.
Le changement climatique n’est pas le seul facteur en jeu : fragmentation des paysages, abondance de certains hôtes (rongeurs, cervidés), évolution des usages des sols et des pratiques humaines contribuent également à la dynamique des populations de tiques.
Mais en modifiant durablement température et humidité, le climat agit comme un amplificateur : il étend les zones à risque et allonge la période d’exposition, avec des conséquences directes sur l’épidémiologie des maladies transmises par les tiques.
Les bons gestes
Avant de partir dans la nature
- Je porte des vêtements clairs et couvrant la plus grande partie du corps (pantalons et manches longues), des chaussures fermées, un chapeau ou une casquette.
- Si j’utilise des produits anti-tiques, je les vaporise de préférence sur les vêtements et chaussures et je respecte les précautions d’usage (notamment vis-à-vis des femmes enceintes et des jeunes enfants).
Pendant une sortie dans la nature
- Je reste sur les chemins et sentiers débroussaillés, j’évite les broussailles, hautes herbes et fougères.
- Je ne m’assois pas directement à même le sol : j’utilise un tissu (nappe, serviette), de préférence de couleur claire pour repérer les tiques.
Au retour et les jours suivants
- Je prends une douche.
- Je change de vêtements.
- J’examine régulièrement mes vêtements et les parties de mon corps, notamment les zones chaudes et humides (genoux, coudes, aisselles, aine, orteils, organes génitaux, cuir chevelu, oreilles…) sans oublier le cuir chevelu.
- Je vérifie le pelage de mes animaux.
En cas de morsure
- Je retire la tique le plus rapidement possible à l’aide d’un tire-tique. Il est essentiel de ne pas comprimer l'abdomen de la tique à l'occasion de son retrait, pour minimiser le risque de régurgitation de salive ; ce reflux salivaire dans la peau peut être à l'origine de phénomènes allergiques et de la transmission des microorganismes dont les tiques peuvent être les vecteurs. Pour la même raison, il est déconseillé d'appliquer tout produit (éther, alcool, huile…). En effet, en se sentant agressée, la tique risque de régurgiter et d'envoyer ses microbes dans l'hôte qui l'héberge. Il ne faut pas non plus tirer sur la tique ou utiliser une pince à épiler : la tête de la tique risquerait de rester dans la peau, provoquant une petite inflammation, une infection ou la formation d’un kyste.
- Je désinfecte la zone de morsure et je me lave les mains.
- Je surveille régulièrement la zone mordue durant les semaines suivantes.
- Je consulte mon médecin si, dans les jours ou semaines suivant la morsure, une plaque rouge apparaît autour du point de morsure, formant un anneau autour ou si je ressens les symptômes suivants : fièvre, frissons, maux de tête, fatigue anormale, douleurs articulaires ou musculaires, troubles digestifs.
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